[Review] Kafou de Bruno Mourral

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Réalisé par Bruno Mourral, Kafou raconte l'équipée nocturne de Doc et Zoe. Leur mission ? Faire une livraison spéciale. Les contraintes ? Ne pas baisser les vitres de la voiture, ne pas ouvrir le coffre et ne jamais arrêter la voiture. Bien évidemment, rien ne se passe comme prévu. Ils enchaînent les galères où à chaque fois ils doivent faire un choix questionnant leur humanité.

J'ai découvert Kafou au grès de mes suggestions Instagram il y a deux mois. Le film fait le circuit de festivals depuis environ un an et remporte un franc succès. C'est pour cette raison que je ne pouvais pas le louper quand je l'ai vu dans la sélection de la 13ème édition du festival européen des films indie qui a eu lieu du 4 au 6 mai. Je ne vous cache pas que j'étais partie dans l'idée de ne pas faire de review si je n'aimais pas parce que je crois que savoir se taire peut aussi être une forme de soutien parfois... MAIS il se trouve que j'ai aimé, donc je vais vous en parler avec plaisir.Je commence par mon seul bémol : la qualité du son. Dans les moments où les acteurs chuchotaient ou criaient en parlant rapidement, le son manquait de clarté pour mon cerveau ayant déjà du mal à jongler entre le créole haïtien parlé par les acteurs avec les néologismes qui lui sont propres et les sous-titres en anglais. Mais ce n'était pas gênant pour la compréhension générale.Je ne suis pas le public cible. Je dirais même que Kafou est à l'opposé de mon style de divertissement #fandecomédieromantique. Néanmoins, dans cette soif de références audiovisuelles antillaises qui m'anime depuis deux ans, ce court/moyen-métrage répond à nombreuses de mes attentes.

Lokalisation ?

Check. Je suis loin d'être une experte de la culture haïtienne, je n'ai jamais visité Haïti donc je me doute bien qu'il y a plein de subtilités qui m'ont échappé. Néanmoins, je suis suffisamment antillaise pour me rendre compte que le film porte son identité haïtienne à travers des éléments qui parlent à la communauté antillaise dans son ensemble. Bien sûr, il y a le fait que 98,99% des dialogues soient en créole, mais c'est dans chaque détail comme la nourriture, les coiffures, les émissions radio. D'ailleurs, les émissions radio ponctuaient les silences tendus et étaient juste à mourir de rire.

Cinématographie sans dénaturer les peaux noires ?

Check. Tout le film se déroule de nuit, dans un quartier mal éclairé. Cela contribue à l'ambiance inquiétante. C'est déjà un défi de filmer les peaux noires alors avoir ce rendu de texture avec des conditions extrêmes et en indie est admirable. Le DP m’a expliqué ensuite en détail le processus pour éclairer la peau. Je n’ai pas le vocabulaire technique, donc je ne vais pas me risquer à essayer de retranscrire. En tout cas, sachez que la question de la luminosité et de l’éclairage de la peau a été une réelle préoccupation pendant le tournage et pendant la post-production et ils ont bien galéré pour obtenir ce résultat.

Une histoire cohérente ?

Check. Si je pouvais me permettre une comparaison, toute proportion gardée bien sûr, Kafou m'a fait penser à Old Boy de Park Chan Wook. L'enchaînement rapide des problèmes part de l'événement le plus trivial au plus extrême, mais le tout reste logique dans une brutalité comique universelle et dans la complexité d'émotions directes. Kafou sert de teaser à un long-métrage intitulé Kidnapping S.A (Kidnapping Inc.?) Je suis vraiment curieuse de voir ce que ça donnera. J'ai vu le film avec un public restreint non-antillais où la moyenne d'âge était 50 ans. Je crois qu'iels n'avaient pas les codes pour comprendre à quel point c'était drôle... Mais genre les répliques du chef ? Toujours dans le bon timing comique..Je pense que voir le film avec un public antillais ne doit pas se faire dans la même ambiance. D'ailleurs, autre mini bémol, les personnages féminins... Elles sont accessoires, juste là pour performer des clichés (négatifs à mon sens) sur les femmes noires. Ceci étant dit, je ne m'attends pas à ce que chaque réalisateur soit sensibilisé à ces questions. J'espère juste que plus de films antillais mettant les femmes à leur avantage seront produits pour contrebalancer la majorité des productions ayant un fort taux de testostérone. Bref, si vous avez l'occasion de voir Kafou, n'hésitez pas. Ce sont des films comme ça qui permettent de reprendre le contrôle de la narration mais surtout d'offrir du divertissement où nos particularités reflètent l’universel.Allez, on termine sur un léger moment fangirl. Grâce à @Oncle_Fouyé #mongarssûr qui m'accompagnait, j'ai une vidéo de moi posant mes questions lors de la séance Q&A (je n'aime pas mon accent en anglais grrr) et une photo avec Bruno Mourral qui a gracieusement accepté de prendre la pose avec moi. Cette journée restera un super souvenir.